Histoire de la Communauté française
de Genève
par
Secrétaire
de l’Union des Sociétés Françaises de Genève
À l’origine : le résident de
France
La France est officiellement représentée
à Genève depuis plus de trois cents ans, avec la nomination en 1679 par le roi
Louis XIV de Laurent de Chauvigny comme résident de France.
De 1679 à 1798, année de l’annexion de
Genève par la France révolutionnaire, dix-sept résidents se ont succédés à Genève.
Sous l’Ancien Régime, en raison du caractère absolutiste de la monarchie française,
le résident représentait bien plus les intérêts de son souverain que ceux d’une
« Communauté française » qui n’avait pas encore véritablement
d’existence en tant que telle. Du fait de l’intransigeance de plusieurs d’entre eux
— qui manifestaient davantage leur volonté de rétablir le catholicisme dans la
« Genève protestante » que de maintenir des relations de bon voisinage —
les relations ont parfois été difficiles, voire délicates, entre le résident et les
autorités genevoises, soucieuses de ne pas déplaire à leur puissant voisin tout en préservant
l’indépendance de leur petite République.
L’annexion par la République française
en 1798 de Genève, devenue chef-lieu du département du Léman sous la Révolution et
sous l’Empire, a été vécue par ses habitants comme une période sombre de leur
histoire, malgré de réels progrès apportés par la France à cette époque
(instauration du franc, création de la bourse, réforme de l’université).
Le
XIXe siècle : les associations mutualistes et philanthropiques
En 1815, alors que Genève vient
d’entrer dans la Confédération helvétique, les autorités françaises lancent un
appel pour recenser les citoyens français résidant à Genève dans le but de créer
un consulat dans cette ville. Mais ce n’est qu’en 1853 qu’une agence consulaire française
est créée à Genève. Elle devient Consulat en 1860, puis Consulat général en 1866,
ayant également sous sa juridiction les Français établis dans les cantons romands
voisins.
Dix
ans plus tard, la Société Philanthropique Française tient sa première réunion. Elle
vient de se transformer récemment en fondation.
En
1894 est créée à Genève la Chambre de Commerce Française en Suisse, qui a pour buts
de promouvoir le commerce et l’industrie français en Suisse ainsi que de favoriser les contacts
entre les industriels français dans leur pays d’accueil (des sections de la Chambre
de Commerce s’ouvriront par la suite à Lausanne et à Zurich).
Jusqu’à
la fin de la Première Guerre mondiale, les associations françaises de Genève sont
essentiellement mutualistes, culturelles philanthropiques ou économiques, caractère
qu’elles conservent en grande partie encore aujourd’hui. Ces sociétés collaborent étroitement
avec le Consulat général de France à Genève, notamment pour l’organisation de fêtes
patriotiques (Fête du 14 juillet).
D’une
guerre à l’autre : les Sociétés combattantes, à caractère économique et
sportif (1918 – 1939)
C’est
la grande période des « Sociétés combattantes et patriotiques », avec la création
d’associations d’anciens combattants, des poilus et mobilisés, des prisonniers de
guerre, des officiers français de réserve, des sous-officiers français. À ces
associations, il faut aussi ajouter l’Amicale des Anciens Légionnaires, créée en 1918
sous le nom de Sociétés des Volontaires Suisses de la Guerre 14-18 (aujourd’hui membre
associé de l’USFG parce que ses membres, anciens légionnaires, ne sont pas en majorité
français).
Aux côtés de ces sociétés combattantes, la Chambre
de Commerce Française va être le véritable « moteur » de la Communauté
française de Genève par l’intermédiaire de l’un de ses plus prestigieux présidents,
Xavier Givaudan. Fondateur de la plus grande entreprise mondiale de parfums de synthèse,
premier président de l’Union des Français de Genève de 1943 à 1945, Xavier Givaudan
va donner une véritable impulsion au développement de la Communauté française de
Genève entre les deux guerres, en finançant notamment de nombreuses activités
philanthropiques, aussi bien pour les anciens prisonniers de guerre et anciens combattants
qu’en faveur des Français de Genève les plus démunis (aide aux Français les plus âgés,
création du Dispensaire français).
C’est
également dans l’entre-deux-guerres qu’est fondée l’une des sociétés françaises
les plus connues du grand public, le Stade Français. Cette association assurera le développement
des activités sportives au sein de la Communauté française de Genève (football, basket
et ski) et s’illustrera par de nombreux titres de champion suisse de basket dans les années
50 et 60 (14 titres nationaux pour ses sections masculine et féminine).
Il
faudra attendre la Seconde Guerre mondiale pour que les associations françaises de Genève
prennent conscience de la nécessité de se regrouper au sein d’une association faîtière.
Le 7 janvier 1943, sous l’impulsion de Jacques Giraudet, Consul général de France à
Genève, les 28 associations françaises de Genève se réunissent pour former l’Union
des Français de Genève (UFG).
Le
premier président de l’UFG sera Xavier
Givaudan (1943–1945), auquel succéderont Henri Girod (1945-1958), Émile Derippe
(1958-1962), Georges Renard (1962-1969), Clément Écuvillon (1969-1972), Édouard Veyrat
(1972-1979), Paul Deschamps (1979-1980), Éric
Vicarino (1980-1991), Pierre Oliviero (1991-1995),
À
l’issue de la Seconde Guerre mondiale, après une période sombre et mouvementée, les Sociétés
françaises vont connaître un nouveau souffle, avec l’arrivée à Genève d’un grand
nombre d’anciens combattants. Les années d’après-guerre et les années 50 sont marquées
par l’organisation de nombreuses manifestations au profit des victimes de la guerre
(anciens prisonniers, veuves d’anciens combattants, orphelins de guerre). C’est l’époque
des grands « Festivals » organisés chaque année à Genève par les associations
d’anciens résistants, des prisonniers de guerre ou du Stade Français. Ces manifestations
réunissent les artistes les plus prestigieux de l’époque – comme les Compagnons
de la Chanson ou Yves Montand – devant plusieurs milliers de spectateurs. Parmi les
grands animateurs de la Communauté française des années 50 et 60, plusieurs personnalités
se signalent par leur dévouement particulier dans l’organisation de ces spectacles,
comme Georges Renard (président du Stade Français, ancien du maquis des Glières et
toujours en vie aujourd’hui), Georges Boulens (président des Anciens Prisonniers de
Guerre, l’un des entrepreneurs de la cité nouvelle d’Onex), ou encore William Bernard
(président des Médaillés militaires ainsi que de l’Association pour l’École française
de Genève).
Dans
les années 60 et 70, outre le Cercle Français et la Chambre de Commerce, les Sociétés
combattantes et patriotiques (Anciens Combattants, Officiers et Sous-Officiers français
de Genève et de sa région) forment toujours l’essentiel du paysage associatif français
de Genève. En 1964, une place particulière est accordée aux femmes déportées au sein
de la Communauté française de Genève avec la création en 1964 par Noëlla Rouget,
elle-même ancienne déportée à Ravensbrück, de la délégation pour la Suisse de
l’Association Nationale des Déportées et Internées de la Résistance. Par ses conférences
dans les écoles ainsi qu’auprès du grand public, Mme Rouget perpétue la mémoire de
celles et ceux qui ne sont pas revenus des camps de concentration.
Les
présidents de l’Union des Français de Genève de cette époque sont également, pour
la plupart, issus du milieu combattant (Georges Renard, Édouard Veyrat). Au début
des années 70, sur la proposition de son ancien président Georges Renard (devenu délégué
au Conseil supérieur des Français de l’Étranger), l’Union des Français de Genève
devient l’« Union des Sociétés françaises de Genève » (USFG) pour mettre
davantage l’accent sur son caractère fédérateur.
Les
problèmes économiques transfrontaliers y ont aussi leur place (Chambre Franco-Suisse
pour le Commerce et l’Industrie, Forum Économique Rhodanien). L’œuvre sociale se
poursuit grâce à plusieurs associations (Aide Française aux Ainés, Fondation
Philanthropique des Français de Suisse, Maternelle Française, Protection de l’Enfance
Française), de même que les activités à caractère éducatif (Association pour l’École
française dont l’établissement fête ses 50 ans le 23 juin 2007, Association des
Parents d’Élèves de l’École primaire française de Genève, Fondation pour le Développement
de l’Instruction et de l’Éducation Physique pour la Jeunesse Française de Genève)
ou généraliste (Union des Français de l’Étranger-Représentation de Genève), sans
oublier l’Arbre de Noël organisé chaque année par l’USFG et qui réunit, depuis 50
ans, sous le haut patronage du Consul général de France à Genève, plusieurs centaines
d’enfants français de Genève et de Suisse romande.
Enfin,
au cours de ces dernières années, l’USFG a organisé avec le Club Allemand de Genève
(président :
En
1993, un questionnaire envoyé aux présidents des 32 associations qui composaient
l’USFG à l’époque avait permis d’établir que les sociétés françaises de Genève
regroupaient plus de 3 800 membres (environ 3 200 actifs et 600 sympathisants). Même si
ce nombre recoupait parfois les mêmes personnes, il n’en représente pas moins une
grande proportion au regard du nombre total des Français de Genève (plus de 50 000
inscrits en 2007 selon les données fournies par le Consulat général de France à Genève)
et témoigne de la vitalité de la Communauté française de Genève.
De nouvelles associations sont aussi venues rejoindre l’USFG et donner un nouvel élan à ses activités (le Cercle Condorcet, l’Alliance française, le Forum Rhodanien déjà cités, ou encore Genève-Accueil et le Club de la Grammaire). Comme le monde actuel, les 24 sociétés membres de l’USFG en 2007 connaissent une profonde mutation. Dans ce contexte, l’Union des Sociétés française de Genève — qui prend en charge les deux grandes manifestations de la Communauté française de Genève que sont la Fête Nationale du 14 juillet et l’Arbre de Noël — aura un rôle essentiel à jouer pour accueillir de nouvelles associations et mobiliser ainsi les énergies de la plus importante des Communautés françaises établies hors de France.
Date
du document : 31 mai 2007.